PROCHAINES PARUTIONS: L'enfance : Freud, Lyotard

La substitution de l’infantile, sous les traits de la sexualité infantile, ressource primordiale et continue de la vie psychique, à l’enfance, voire l’enfant, introduite par Freud, opère un changement de paradigme majeur qui bouleverse en retour les acceptions données au vocable enfance dans les autres champs, puisqu’il affecte les pensées de la nature, de la culture, du désir, du langage et du temps. L’infantile devient le nom de l’intraitable de l’inconscient, de la réserve pulsionnelle d’où sourdent les fantasmes, du scandale de sa puissance à la fois de conservation et de discontinuité. Comptant parmi les philosophes de la deuxième moitié du XXème siècle qui ont nourri leur pensée de son entrecroisement avec l’œuvre de Freud, Lyotard a fait de l’infantia un reste irréductible au logos, puissance œuvrant tantôt à la liaison, tantôt à la déliaison, tantôt se tenant sur le seuil qui les in/articule. Il la pense comme une dette dont l’éthique, l’art, et la littérature sont dépositaires et qui oblige les représentations du politique et la pensée philosophique, au titre de ce qui leur résiste pour les premières ou de ce qu’elle manque pour la seconde.

La mise en regard des différentes acceptions que véhicule, dans le temps et dans le contemporain, le vocable d’enfance, liées à la charge conceptuelle qui est afférente à chacune de ses variations, enfance, enfant, infantia, infantile, peut opérer comme un prisme réfractant des multiples enjeux qui interpellent les sciences humaines. On s’interrogera pour savoir comment l’ « infantia » lyotardienne et l’ « infantile » freudien s’interprètent l’un l’autre, comment la survivance intraitable de l’infantile freudien et la dette à l’infantia s’interrogent l’une l’autre au prisme du temps, à celui de l’anamnèse, à celui de l’à-venir. Entre l’infantile comme terreau du refoulé et le refoulement, voire la forclusion de l’infantia, entre le corps des pulsions et des objets primaires et le corps né dans un temps primaire à l’aesthesis, quels points de contact, quelles divergences ? Entre l’insignifiant qui fait trace de ce qui œuvre en silence, le discord irréductible entre l’affect et la représentation, les embarras des nouages premiers dans la vie d’un sujet chez Freud, et chez Lyotard, l’indéterminé de l’infantia, l’in/articulé de la phrase-affect pensé comme force d’appel qui inquiète les discours, et oppose un tort à l’inhumain des rapports de domination et d’exploitation, les questions en partage sont nombreuses et leurs implications dans le champ esthétique et politique demandent à être déployées. On pourra se demander si les échos entre l’ « infantia » lyotardienne et l’ « infantile » freudien n’insisteraient qu’à effacer la question de la séduction telle que Freud la fait apparaître. Même si Freud y renonce sous les traits de sa « neurotica », ne perdure-t-elle pas sous d’autres formes telles que le fantasme ? Par ailleurs d’autres psychanalystes tels que Ferenczi et Jean Laplanche en ont proposé la relève. Peut-être y a-t-il là matière à s’interroger sur les modes sous lesquelles cette corrélation entre l’infantile et la séduction réapparaitrait sur les scènes idéologiques et politiques contemporaines et vient en retour interroger ce que Lyotard appelle la dette à l’infantia. De même on pourra se demander comment la « dette » à l’infantia, laquelle est plus d’une, peut permettre de saisir la complexité des enjeux qui traversent les débats contemporains liés à la question du « désir d’enfant » et du « droit à l’enfant ».

 

Les propositions d'articles sont à envoyer avant le 15 juillet 2020 à Isabelle Alfandary , Chantal Delourme ou Richard Pedot et la soumission des articles aura pour échéance le 15 novembre 2020.



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